Inspiration de comédien : A la recherche de la pudique flamboyance d’Albert Dupontel

Capture d’écran du film Au revoir là-haut de A. Dupontel

J’ai toujours aimé Albert Dupontel sans vraiment savoir pourquoi. Je n’avais, jusqu’à présent, vu que Bernie et Enfermés dehors ainsi que des court-métrages je crois. Probablement aussi que, sans me pencher davantage sur le « sujet », j’avais dû apprécier quelques morceaux d’interviews sur lesquels j’étais tombé. Il y a une petite dizaine de jours je suis à nouveau tomber sur l’une de ses interviews dans le cadre de l’émission Quotidien. Il venait faire la promo de Au revoir là-haut et à nouveau, j’ai eu la confirmation que Albert Dupontel, je l’aime bien moi (comme sans beaucoup de monde l’aime bien vous me direz… ). Le replay de l’émission est là pour ceux que ça intéresse : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/invite-albert-dupontel-presente-nouveau-film.html

A travers son échange avec Yann Barthès, en très peu de mots sur 2/3 sujets de société (l’actualité, la culture, le devoir  et le non devoir de mémoire…), on comprend vite que M. Dupontel est une personne humaniste (chacun possède sa propre définition de ce mot certes), réfléchie et lucide. Son raisonnement me parle, mais à la limite, sa position face aux faits divers, sa « philosophie de vie » ne m’intéressent pas dans le cadre de cet article. Moi ce qui m’intéresse c’est savoir ce qu’il possède dans sa besace d’homme talentueux que je pourrais m’approprier pour progresser dans mon propre travail. Et à nouveau, le peu qui est abordé lors de cette interview sur le travail de l’acteur me plait beaucoup. On sent la confiance et la liberté qu’il accorde à ses comédiens dès lors qu’il croit en leur travail. Je me devais d’aller voir Au revoir Là-haut. Tout d’abord parce que j’ai envie de soutenir le travail de ce Monsieur et ensuite parce que j’étais curieux de me renseigner davantage sur son approche du jeu.

 

Ce blog n’a pas vocation faire des critiques de film. L’objectif principal est de partager des réflexions autour du travail de comédien sur scène. Je ne vais donc pas parler de la qualité de réalisation de Au revoir là-haut. Je n’irai pas indiquer le plaisir que j’ai eu à le découvrir. Les films de Wes Anderson je les regarde comme un enfant, il n’est pas nécessaire de vous signifier que je retrouve cette même délectation devant l’oeuvre d’Albert Dupontel. Je ne vous dirai pas comme c’est agréable de ne pas être déçu quand on va voir du cinéma, et qu’on nous propose.. du cinéma ! Je ne veux pas non plus vous faire part de mon admiration devant la possibilité de réunir dans une même oeuvre « extravagance » et « intimité ». Comment peut on être à la fois dans « l’excès » et « la pudeur » ?

 

Et bien en fait si ! C’est cette antinomie que je souhaite aborder car elle imprègne l’ensemble du film y compris le jeu des acteurs. Comment parvenir à ce fantastique cocktail où se mêlent extravagance et excès en restant pudique ? Une espèce d’intime flamboyance. D’où vient cette pudique audace ? Je ne sais pas, c’est la patte de M. Dupontel, c’est son univers, c’est son Art. A chacun d’avoir le sien. Vous vous dîtes que mon article n’avance pas et que j’aurai pu préparer un plan pour savoir ce que j’avais à dire. En effet. Faut croire que j’ai un style spontané t’as vu (Oh ! Qui  dit un style de feignant ?!!). Bref, je ne peux pas travailler une « intime flamboyance ». Je dois donc penser à des critères plus rationnels. Qu’est ce qui transpire de ces acteurs dans ce film ? La confiance en soi, oui sûrement, mais pas seulement. Hum, la confiance en soi et le doute ! Avoir confiance en soi et pouvoir se remettre en question, ça, ça peut donner des résultats magiques il me semble.

 

D’ailleurs, plus important que la confiance en soi, ce qu’il faut c’est la confiance dans son travail. Oui, il est évident que c’est la confiance dans le travail qu’il faut avoir car celà permet une humilité nécessaire au progrès et donc à l’ambition. La confiance en soi, elle, mal contenue risque de mener à l’Ego, et si il y a bien une chose que je sais, c’est que l’Ego pourrit beaucoup de choses. Comment avoir confiance en son travail ?  En travaillant ? Evidemment en travaillant… travail, travail, travail… Le travail amène la confiance et l’humilité, l’humilité permet de se rendre disponible à des choses plus importante que son Ego. L’humilité permet de travailler pour une oeuvre qui nous est supérieure, l’humilité permet de travailler pour une vision, l’humilité permet de donner son meilleur pour le projet dans son ensemble et non pas juste pour sa part du pour projet.

 

Masque de théâtre balinais

L’été dernier, j’ai eu la chance d’assister à des représentation de théâtre masqué à Bali. J’envisageais d’ailleurs un article sur le travail des ces acteurs. Il me semble que ces acteurs, totalement couvert de lourds déguisements et de masques, ne peuvent pas pratiquer leur Art par Ego, ils le font pour une cause qui leur est supérieure, pour une raison spirituelle. Je me disais que je devais, moi, acteur d’une autre culture, trouver également une cause supérieure. Ne pas jouer pour moi, en tout cas pas que pour moi. Je crois que ça peut être pour le public, pour l’Art, pour une vision… il faut à tout prix sortir l’Ego de ses motivations. Cependant je note, « pas QUE pour moi » car de mon avis, l’acteur doit aussi jouer pour se faire plaisir, pour rigoler, pour prendre son pieds, pour faire des bêtises, pour se lâcher. Il ne faut pas jouer pour son Ego mais il faut jouer pour son son plaisir, et puis dès qu’on rentre dans un travail spécifique, dès qu’on veut que nos petites qualités de comédien soient sublimer alors il faut aussi jouer pour une cause supérieure. Lorsqu’un réalisateur comme Albert Dupontel propose une vision forte, poétique, subtile, intelligente… alors cette vision peut devenir la cause supérieure pour laquelle jouer. Travail, plaisir, confiance, doute, jouer pour l’autre ou pour autre chose que pour son Ego. Je suis sûr que tous ces éléments imbibent les acteurs de Au revoir là-haut. Ce n’est pas un ou deux acteurs qui étaient bons, ils l’étaient tous. Les rôles secondaires, les silhouettes… Et forcément celà ne peut arriver que si quelqu’un à su diffuser une vision, une envie. Il y a de fortes chances que ce quelqu’un soit M. Dupontel forcément.

 

Il y a des rêves que je ne réaliserai jamais, par exemple :
Devenir une petite souris pour espionner la façon dont Katharine Hepburn travaille. Ses textes, ses personnages, son rapport aux autres personnages. La voir bûcher, bûcher, bûcher. Découvrir par où elle en passe et comme elle doit en baver avant d’arriver à une telle précision de jeu. Je peux lire des livres, regarder des interviews, mais jamais je n’aurai la chance de la voir travailler en direct. Oh cruelle vie !
Et puis à côté de ces rêves, de ces fantasmes impossibles, j’ai des désirs en tant que comédien, qui semblent compliquer à combler mais pas impossible. Dans ces aspirations, il y a celle de travailler un jour pour un projet d’Albert Dupontel. Ca fait partie de mes aspirations de comédien. Et ce qu’il y a de génial c’est que si ça a peu de chance d’arriver, ça signifie… qu’il y a des chances que ça arrive !! Youpi, vive la vie !

 

Je ne suis pas certain de où je souhaitais aller, ni où je suis arrivé avec cet article mais je vais terminer avec la retranscription d’un morceau d’interview d’A. Dupontel dans le cadre de l’Emission Master Classe de 2014 présenté par M. P. Lescure (vidéo plus bas). Ici A. Dupontel donne son impression sur ce que lui semble être un bon comédien, et encore une fois, sa vision me parle. C’est la façon dont je vois les choses également, mise à pat peut être le fait que les grands acteurs sont souvent insupportables avec leur entourage. Je suis persuadé  qu’il est possible d’être à la fois enfantin et responsable et agréables à vivre et … un grand acteur. Ce à quoi vous pourrez me répondre : « Mais ta gueule t’en connais pas toi de grands acteurs ». Certes.

 

« Un bon acteur pour moi n’est pas forcément un bon acteur pour quelqu’un d’autre. Un succès pour moi n’est pas forcément le succès pour quelqu’un d’autre. Il y a une phrase de Nietzsche qui dit « l’instinct de défense contre le monde extérieur porte un nom ça s’appelle le goût ». J’ai trouvé cette phrase très très juste. La seule chose que moi je revendique depuis que je fais ce métier c’est mon propre goût, quitte à ce que ce goût soit décrié, critiqué, etc… Donc qu’est ce qu’est un bon acteur ? C’est quelqu’un qui va partager ce goût. Alors il y a des choses basiques, j’aime bien bien sûr que les gens travaillent, qu’ils soient au taquet. C’est une forme d’enthousiasme. L’enthousiasme c’est contagieux. les gens passionnés sont passionnants et quand vous rencontrez des gens même autour de vous, c’est très important ! Moi si il y a des gens si ils ne sont pas là je ne peux pas travailler. La cadreur qui est quelqu’un que j’aime beaucoup, j’ai besoin qu’il soit là pour travailler. Je parle de mon cadreur. La machinerie pareil. Je leurs dis « on va faire un plan, coupez » et je vois les gars s’emballer, s’enthousiasmer pour ça. Et dans le métier d’acteur c’est pareil, il y a différente façon de faire ce métier. Il y a des gens qui ne cracheront pas sur la gloire, d’autres sur l’argent… et puis il y a des gens qui ont fait des démarches un peu plus personnelles, et moi c’est des gens souvent qui me fascinent. J’adore une actrice comme Yolande Moreau par exemple. J’adore Bouli Lanners avec qui je vais faire un film. […]  .Voilà exactement le type d’acteur que j’adore. C’est quelqu’un d’extrêmement sensible, qui a un vrai doute de lui, qui n’est pas convaincu qu’il est génial. Parce qu’il y a des gens aussi qui disent « c’est formidable je suis génial », c’est très fréquent dans ce métier là. Donc c’est quelqu’un qui est plein de doute, qui réalise des films qui ont leurs propres univers […], ce genre de personnalit, qui tout d’un coup se prête au jeu d’acteur me fascine. J’aime bien être surpris par les acteurs. J’aime bien qu’ils soient inventifs, qu’ils s’amusent, qu’ils prennent du plaisir. […] Le vrai état de l’acteur, du grand acteur, bizarrement c’est l’immaturité. L’immaturité si vous voulez c’est l’enfer pour l’entourage, c’est pour ça que les grand acteurs sont souvent difficiles à vivre pour les entourages. Belmondo, aujourd’hui encore est resté dans l’enfance, il a l’oeil qui pétille, etc… Depardieu, au sommet de sa forme, c’est un gars qui est totalement resté enfant. Et c’est ce que demande le metteur en scène »

 

« Les gens passionnés sont des gens passionnants »…. Mme Le Ny ma prof d’anglais de 4eme passait sont temps à nous dire ça. Existe-t-il meilleure preuve d’authenticité que de parler comme Mme le Ny ? Moi j’aime bien Albert Dupontel.
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